Première pierre en 1721

En juillet 1721, la première pierre est posée par Mgr de Grignan,
mais la réception aura lieu seulement à la fin de 1735, et les travaux
reprennent jusqu’en 1746. On peut noter un certain soin de la
décoration, avec quatre lions de pierre disposés aux angles, ainsi que
le «Z» de caserne au-dessus de la porte principale, décorée de larges
bossages surmontés d’un fronton triangulaire. On dénombrait alors 104
chambres, contenant 12 ou 15 lits, dans lesquels les militaires
dormaient à deux pour les cavaliers et à trois pour les fantassins. Ces
couchages disposaient de matelas en laine et de 21 centimètres de
paille.

Le futur maréchal Murat y fera séjour

Entre 1721 et 1789, la caserne voit défiler 200 corps de troupe, qui
séjournent seulement quelques mois. Parmi ces militaires, figura Joachim
Murat, futur général et futur beau-frère de Napoléon, qui fit ses
premières armes, de 1786 à 1787, dans le régiment des Ardennes. Les
consuls regrettaient ces changements incessants, ils auraient préféré
plus de stabilité, assurance d’un rétablissement de l’ordre en cas de
troubles.

Le chiffre : 480

cavaliers > À la veille de la Révolution. En septembre 1788, le
régiment compte 390 chevaux. Entre 1721 et 1789, 200 corps de troupes
s’installeront successivement dans la caserne carcassonnaise. Ce n’est
qu’en 1962 que le 3e RPIMa y prendra ses quartiers, que l’on connaît
actuellement.

Pourquoi une caserne au XVIIIe ?

Du XVIe au XVIIIe siècle, Carcassonne fut une ville d’étape, voyant
défiler de nombreuses troupes auxquelles elle devait offrir nourriture
et logement chez l’habitant. Le comportement des soldats n’étant pas
toujours empreint de douceur, des bagarres éclataient parfois, à l’issue
desquelles on dénombrait des blessés, d’un côté ou de l’autre.

Aussi, les consuls, dès le XVIIe siècle, réclament à l’intendant du
Languedoc l’autorisation de construire une caserne qui, en hébergeant
les soldats, mettrait fin à ces problèmes. De plus, les notables
considéraient qu’une garnison permanente serait bénéfique pour
l’économie de la ville par l’argent de la paie. En temps de guerre, en
effet, un régiment comprenait 800 fantassins ou 100 à 200 cavaliers, ce
qui constituait un effectif non négligeable.

Qui était le général Henri Laperrine (1860-1920) ?

Bien que né à Castelnaudary, Henri Laperrine était issu d’une
importante famille très connue à Carcassonne. Son ancêtre Jean-Dominique
était, au XVIIIe siècle, l’un des plus importants marchands fabricants
de la ville, ce qui lui avait permis d’acheter l’imposante demeure
familiale du 47, rue A.-Ramond et, pendant la Révolution, les domaines
de Baudrigues et de La Bastide Madame.

Le grand-père du général, Charles, député en 1827, ayant épousé
Pauline d’Hautpoul, avait ajouté ce patronyme au sien, tandis que son
oncle Armand, par son mariage avec Julie Carles, s’était retrouvé
propriétaire de l’actuel commissariat de Carcassonne.

En 1880, à sa sortie de Saint-Cyr, il est volontaire pour servir en
Afrique, où il organise les compagnies sahariennes à l’activité
inlassable, ce qui lui vaut le surnom de «pacificateur du Sahara».

Typé cavalier colonial, il pouvait faire dix heures de méhari par des
températures de 40° et arriver à l’étape, le col boutonné et le corps
droit sur la selle.

Promu général en 1913, il combat en Europe, au début de la Grande
Guerre, puis Lyautey lui confie le commandement des territoires
sahariens, afin de rétablir l’autorité française, menacée par certaines
tribus touaregs, responsables de l’assassinat du père de Foucauld, en
1916.

Participant, en 1920, à un raid Alger-Tombouctou, son avion, à court
d’essence, doit se poser, le 8 février, en plein désert du Tanezrouft et
il meurt d’épuisement, le 5 mars, après avoir dit à ses compagnons :
«On croit que l’on connaît le Sahara. Je l’ai traversé onze fois, j’y
reste la douzième».

Le général fut enterré à Tamanrasset, au pied de la tombe du père de
Foucauld qu’il avait rencontré dès 1881, avant que sa dépouille ne soit
ramenée au cimetière Saint-Michel, en 1863.

Des dragons de Noailles à nos jours : ville de garnison

La tradition qui faisait au XVIIIe siècle de Carcassonne une ville de
garnison pour la cavalerie se maintient au siècle suivant. Aux dragons
de Noailles en place avant la Révolution, succèdent au XIXe, plusieurs
régiments de chasseurs et de hussards, puis de dragons. Les plus connus
furent le 17e et le 19e régiment de cette dernière arme, qui
séjournèrent au total près de quarante ans dans notre ville, de 1874 à
1913. Leur fière allure et leur équipement enthousiasmaient
Carcassonnaises et Carcassonnais, si bien que leur départ, en 1913, fut
marqué par une émouvante cérémonie, gratifiée d’une retraite aux
flambeaux.

De 1879 à 1910, d’importants travaux avaient modifié la caserne :
destruction de la partie médiane, remplacée à l’arrière par une
construction dans laquelle furent installés cuisine, infirmerie et
lavoirs ; surélévation du bâtiment principal et des pavillons d’angle,
tandis que les toits étaient mansardés.

En 1928, le chanoine G. Sarraute avait fait aménager le foyer du soldat, place J.-Poux.

Grâce à l’abbé Bruno de Monts, nous savons qu’après la Grande Guerre,
les cavaliers furent remplacés par des troupes coloniales ou ayant
vocation à intervenir outre-mer : 5e régiment de mitrailleurs
indochinois, puis 52e régiment d’infanterie coloniale, qui gagna
l’Alsace en 1939. Cette tradition sera maintenue après 1945, avec des
Annamites, remplacés par le 24e régiment de tirailleurs sénégalais,
lequel, parti en Indochine en 1948, laissa la place au 24e régiment
d’infanterie coloniale. Ce dernier, envoyé en Algérie, laissa seulement à
Carcassonne la formation de jeunes recrues. En 1959, arrive le 24e
RIMa, dissous en 1962 : il laisse la place au 3e RPIMa, tandis que sont
rapatriées de Tombouctou les cendres du général H. Laperrine, dont le
nom avait été donné au quartier en 1925.